D'étranges rêveries : Les thèmes récurrents

25 mars 2005

Mylène et l'actualité

« Mylène est quelqu'un pour qui il est difficile de sortir, mais sa perception des choses et du monde n’est pas déconnectée de la réalité. Ses chansons n’arrivent pas innocemment » …

Laurent Boutonnat      

I - Mylène dans la colonne des faits divers

Mylène, malgré sa popularité et son élévation par ses fans au rang de mythe reste néanmoins un être humain … Elle est donc apparue à quelques reprises dans la bien triste colonne des faits divers …

A)    L’affaire de l’affiche

En 1989, le « Rassemblement pour une France libre » placarde sur les murs de

la France

entière une affiche d’un goût plus que douteux … : « Ils promeuvent la laideur et la drogue : Non à la sous culture des médias ! » … L’affiche est entre autres composée d’une photo de Mylène dans son clip Sans logique et ses yeux révulsés … Sous l’ordre de Mylène et de son entourage, l’affiche sera retirée immédiatement et ses auteurs seront poursuivis en justice …

B)    Le carnage

La tragédie survient en 1991, Mylène est au sommet à l’époque de son art (qu’elle continuera à gravir par la suite) et c’est à cette époque qu’un fan déçu de ne pas recevoir de courrier de Mylène se précipite chez Polydor, sa maison de disques, muni d’un fusil : il exécute froidement le réceptionniste puis monte à l’étage pour donner lieu à un véritable carnage … Heureusement, son fusil s’enraie et il est donc aussitôt arrêté.

Triste bilan : le réceptionniste meurt et la chanteuse se referme un peu plus dans sa timidité, la peur en plus. Il deviendra particulièrement rare de la voir se promener sans gardes du corps dans la rue …

C)    Extrémisme

1995 : élections présidentielles … Jean-Marie Le Pen, leader du Front National, organise son désormais tristement célèbre meeting politique … Ne pouvant se baser ses arguments et son programme présidentiel (excusez-moi de donner mon avis, mais « It’s beyond my control ! »), il invite une série d’artistes, dont une sosie de Mylène Farmer …

Aussitôt la nouvelle apprise par la véritable chanteuse, celle-ci appelle France 2 pour réagir en direct de Los Angeles de cette utilisation plus qu’abusive de son image et pour rassurer ses fans :

« Je suis scandalisée d’apprendre que M. Le Pen a utilisé mon image, et a trompé les gens de cette façon. Je trouve que ce procédé est révoltant. C’est scandaleux, je suis triste et profondément malheureuse que des gens qui m’aiment bien aient pu penser un instant que je cautionne une telle politique. Il y a des gens qui on appelé ma maison de disques et qui ont fait un amalgame, et qui n’ont pas pensé une seconde que c’était un sosie. »

Mylène gagnera heureusement le procès. Dans sa traditionnelle mauvaise fois, Jean-Marie Le Pen s’est empressé de rétorquer :

« Grâce à ce sosie, j’ai connu le nom de Mylène Farmer, je n’en avais jamais entendu parler. Ce n’est pas ma tasse de thé. »

D’un sens, ça me rassure que nous n’ayons pas les mêmes goûts …

Voilà les rares fois où Mylène nous a prouvé qu’elle était beaucoup plus que l’icône un peu lisse et torturée à laquelle on l’assimile … Elle sait prendre position et s’indigner, en s’engageant pour de nombreuses causes par exemple …

II – Ses engagements

Il est souvent reproché à Mylène (pour ma part c’est aussi la raison pour laquelle je l’apprécie) son inaccessibilité, son intemporalité et donc son non engagement par rapport à l’actualité …

Elle s’est pourtant parfois jointe à des associations, dont deux fois pour la lutte contre le SIDA … En 1988, une première fois, sur une affiche, puis en 1992 avec l’album « Urgence », d’après un projet d’Etienne Daho, qui visait à rassembler des fonds pour la lutte contre le SIDA … Mylène se joint donc à l’impressionnante liste d’artistes qui y figurent : Bruel, Cabrel, Goldman, Johnny, Julien Clerc, Indochine, Françoise Hardy, Patricia Kaas, Marc Lavoine, Souchon et Renaud pour ne citer qu’eux … Pour l’occasion, Mylène et Laurent écrivent une chanson sur le thème du préservatif : « Que mon cœur lâche ». Cependant, ce titre sera refusé par le collectif car sans doute un peu trop provocateur. Elle décide donc de réinterpréter une face B, celle de son single Sans logique : elle réenregistre une version épurée de « Dernier Sourire », sur le thème de l’accompagnement d’un proche vers la mort … Un titre qui en aura ému plus d’un, parfait donc pour l’occasion … Ce disque sera un gros succès …

Plus jamais Mylène ne participera de cette manière à un CD caritatif, mis à part en ce début d’année où elle offrit « Rêver », mais dans sa version originale, au CD « Solidarité ASIE » en faveur des victimes du tsunami.

En 1993, Mylène décide donc néanmoins de sortir « Que mon cœur lâche » en single … Car si elle ne participe pas tant à de telles associations, ses chansons comportent parfois des messages clairs quant à l’actualité … « Que mon cœur lâche » dresse un triste constat sur les ravages du SIDA en parlant du fait qu’il est maintenant obligé d’utiliser ce qui peut être considéré comme un ‘tue l’amour’ dans le rapport sexuel : le préservatif … « Que mon cœur lâche : mes rêves d’amour excentriques n’ont plus leur strass, mon stress d’amour est si triste » … A coups de phrases chocs, elle délivre assez clairement son message : « L’amour à mort, amour poison : collision, la peur s’abat sur nos ébats … Toi entre nous, caoutchouc (…) c’est pas facile le plaisir : apprivoiser ton corps glacé (…) L’amour a mal, les temps sont amour plastique » … A sa sortie, ce titre choque car beaucoup croient que Mylène prend parti contre le port du préservatif à un moment où celui-ci n’est plus un choix mais un devoir … Devant ces accusations, elle s’explique aussitôt : « Dans cette chanson, je fais tout simplement un constat sur l’amour de nos jours. Un amour perverti par le menace de la maladie, par la question du préservatif qui se pose d’emblée dès que l’on ressent un élan envers l’autre ».

Quelques temps plus tôt, Mylène s’était déjà engagée par rapport à sa société grâce à sa chanson devenue rapidement une sorte d’hymne farmerien : « Désenchantée ». Mylène se pose en une sorte de porte-parole d’une génération qui vit de plus en plus mal, au travers d’un texte désabusé et dans lequel chacun se reconnaîtra facilement : « Tout est chaos (…) Tous mes idéaux des mots abîmés (…) Je suis d’une génération désenchantée ». Là aussi, face à la grogne du socialisme et les critiques qui l’accusent d’opportunisme, Mylène réagit : « C’est une évidence, même sans parler de ma personne, que les gens vont de plus en plus mal. On est dans une ère de désillusion permanente. Il se passe des choses fortes, des révoltes, des révolutions mais tout cela naît quand même d’un grand désespoir. Je me le suis approprié, ça, je le ressens, l’exprime, et fatalement, les gens se reconnaissent là dedans. J’ai cette chance de pouvoir le crier très fort. Non pas en étant une porte-parole mais un révélateur de quelque chose ».

Son engagement se fait aussi peut-être par rapport à ses choix des plateaux sur lesquels elle se produit dans les émissions de variété : « Les enfants de la guerre » en 1996, où elle chante « Rêver » (c’est une association soutenue par Luciano Pavarotti) et en 2002, pour l’émission « Zidane ELA » où elle chante « C’est une belle journée » dans cette émission sur l’association ELA (d’où le petit jeu de mots par rapport au nom de l’émission) …

En 2003, Mylène participe à l’action caritative pour le combat contre le cancer du sein, initiée par l’Institut Gustave Roussy : cent femmes célèbres ont peint une toile qui sera revendu et les fonds récoltés seront reversés à cette association … A noter à que la toile s’est vendue ô combien la plus chère à une valeur de 6500 € alors que la moyenne des autres toiles n’était que de 500 €.

En 2004, un livre sort dans le commerce : « Paroles d’artistes, peintures d’autistes » … Vu le sujet, il n’est pas étonnant que Mylène y participe … L’idée est assez simple : chaque artiste participant choisit une toile d’un enfant autiste et y écrit un texte qui sera écrit en vis à vis sur le livre … Mylène choisit un texte particulièrement violent qui colle parfaitement au livre : « Il y a ce mur blanc au dessus duquel le ciel se crée / Infini, totalement intouchable. / Les anges y nagent et les étoiles, dans l'indifférence / Aussi. / Ils sont mon milieu. / Le soleil se dissout sur ce mur, il saigne ses lumières. / Un mur gris maintenant, griffé, ensanglanté. / N'y a t il aucune issue hors de l'esprit ? ».

Cependant, il existe également des actions que Mylène entreprend personnellement, sans l’aide d’associations ou de regroupements. Depuis son enfance, et donc avant même d’être connue, Mylène s’est longtemps rendu dans les orphelinats et hôpitaux pour enfants afin d’égayer leur bien triste quotidien. Encore aujourd’hui, dans le plus grand secret, Mylène continue cette action dans les services d’hôpitaux où elle rencontre des enfants malades ou en fin de vie …

C’est probablement dans ces conditions, lors du tournage du clip de « Fuck them all » qu’elle a découvert l’atrocité avec laquelle étaient traités les enfant dans les orphelinats en Roumanie, laissés à la mort prochaine et certaine … Dès son retour en France, elle enregistre personnellement un message qui sera diffusé sur plusieurs radios :

Ce message émouvant et prononcé d’une voix grave qu’on ne lui connaissait pas si bien amène les auditeurs à prendre conscience de cette association qui lutte contre les abandons d’enfants …

Ainsi, toujours en se foutant des « Qu’en dira-t-on », Mylène continue son chemin en descendant par moments de sa tour d’ivoire pour aider des associations qui lui tiennent à cœur … Car son œuvre est aussi construite sur des sujets brûlants de l’actualité, sans quoi personne ne s’y reconnaîtrait et n’y adhèrerait.

N’est pas Farmer qui veut !

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27 février 2005

Le dédoublement

 

 

Tout au fil de sa carrière, Mylène a très souvent joué des paradoxes qui la hantaient, joué des rôles souvent contradictoires quand ils ne sont pas directement opposés, et utilisé le dédoublement en créant une autre personne afin de mieux se comprendre soi-même …

 

 

De nombreux textes révèlent ce dédoublement, donc le plus explicite est incontestablement Sans logique … Plus qu'un dédoublement, le thème abordé ici semble être proche de la schizophrénie, comme l'illustre le clip … Deux personnalités coexistent chez la chanteuse : « Sans logique je me quitte : aussi bien satanique qu'angélique … ». Cependant, Mylène semble être ici relativement consentante à ce dédoublement qui s'opère en elle : « De ce paradoxe je suis complice ». Les effets pervers ne l'accablent pas elle mais son entourage : « Souffrez qu'une autre en moi se glisse » …

De la même façon, dans Pardonne-moi, après avoir assumé son erreur, elle semble la rejeter sur une autre, sur un morceau de sa personnalité dont elle ne serait plus responsable, en faisant devenir le « Pardonne-moi » en « Pardonne-la » …

L'invention d'un « Autre » peut aussi avoir un rôle quasi-thérapeutique d'introspection, comme dans Eaunanisme … On assiste à une forte distanciation de sa personne avec l'utilisation de la troisième personne : « J'irai lui dire que son cœur s'est fatigué … ». Mylène se pose en confidente d'elle-même en projetant ses tourments sur cet Autre … Elle analyse et étudie ses comportements en se posant comme spectatrice d'elle-même …

 

 

De la même façon, après Ainsi soit-je et son titre clairement nombriliste, L'autre pourrait être un album d'ouverture sur l'altérité … Il n'en est rien : cet autre semble bel et bien n'être autre que la chanteuse … : « Je veux croire alors qu'un ange passe, qu'il me dit tout bas : 'Je suis ici pour toi' et toi c'est moi … ». Cet autre devient un ami, quelqu'un avec qui l'on peut parler de soi : « En toi ma vie s'est réfugiée … ». Cet autre va découvrir les troubles de son créateur … Il va devenir celui qui souffre à la place de l'original …

« Pour renaître de tes cendres, il te faudra réapprendre aimer vivre, rester libre … Délaisser tes amertumes … » : dans Il n'y a pas d'ailleurs, elle tente d'aider ce compagnon pour finalement se guérir elle-même, car elle finit par le rappeler : « Tu sais que ta vie, c'est la mienne aussi … ». Cependant, parfois, cette thérapie ne fonctionne pas : dans Lisa-Loup et le conteur, on comprend que Lisa est cet Autre qui représente Mylène … Mais la question qu'elle soulève est trop grave pour elle et elle ne parvient à la résoudre, même avec ce dédoublement : « Comment veux-tu que je trouve la morale quand moi-même suis atteinte par ce terrible mal ? » Elle avoue (pour une fois !) ce dédoublement : « C'est l'écriture de mon sang qui navigue dans tes veines » … Néanmoins, l'autre peut aussi avoir pour rôle de supporter ce que renie la chanteuse … Dans Beyond my control (« C'est Plus Fort Que Moi » pour la traduction), Mylène a tué son amant pour pouvoir le conserver éternellement auprès d'elle … Pour s'innocenter devant cet homicide, elle rejette donc la faute sur cet Autre : « Je ne comprends plus pourquoi j'ai du sang sur les doigts (…) C'était plus fort que moi, même si je sens là l'effroi envahir tout mon être » …

Mais à force de se dédoubler, elle semble ne plus bien savoir qui elle est de tous ces personnages qu'elle a incarné, de tous ces détachements de sa personnalité : dans Lisa-Loup et le Conteur, elle finit donc par clairement se demander : « Qui suis-je ? » …

 

 

L'Autre endosse donc tous les rôles, mais jamais ceux assumés pleinement par Mylène … Il est un échappatoire, une excuse, un renoncement de soi …

Elle concrétisera d'ailleurs par deux fois ce dédoublement dans ses vidéoclips, avec California et surtout L'Âme-Stram-Gram, où l'on peut se rendre compte de l'importance qu'elle accorde à cet Autre … Sans lui, elle préfère se suicider plutôt que de tenter de vivre seule …

Comme le rêve, le double lui permettait d'exister … sereinement …

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26 février 2005

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